A la mémoire de… Yannis Caranicolas
Exposition photographique en mémoire de Yannis Caranicolas
Yannis Caranicolas est né en 1947 et a grandi à Mantamados, village de l’ile de Lesbos, au sein d'une famille d'agriculteurs. Son père, comme toute sa famille, fabriquait des selles et des bâts. Son grand-père, Nikolas, conteur du village, et sa tante Sappho, institutrice, avaient le don de raconter des histoires. Ces deux figures ont profondément marqué sa pensée et sa sensibilité, cultivant dès son plus jeune âge son amour pour la littérature, la culture et la mémoire. En 1965, il part pour Paris, où vivaient ses oncles, afin d'étudier le génie électrique. Passionné de danse depuis son enfance, il travaille le soir comme danseur à la célèbre taverne grecque « L'Olympe », où il contribue à la création du mythique « Syrtaki ». Après avoir terminé ses études, il travaille comme ingénieur au sein des AGF, grande compagnie d'assurance française.
Le décès de son père en 1987 marque un tournant dans sa vie et, en 1989, il décide de retourner à Lesbos où il se lance dans la production d'huile d'olive. Ce retour aux sources avait une valeur profondément existentielle. Il a consciemment choisi un mode de vie proche des traditions et des valeurs de son lieu d'origine. Avec son drová (sac tressé en poils de chèvre) sur l'épaule et son koumari (cruche en argile) pour l'eau, il exprimait sa distance avec le conformisme moderne et sa foi inébranlable en l'authenticité. Il parlait avec une aisance confondante le grec, le français et le dialecte local de Mantamados, qu'il affectionnait particulièrement et qu'il considérait comme un précieux vecteur de la mémoire culturelle des lieux.
Son intérêt pour la photographie s'est développé après son retour en Grèce. Son œuvre est indissociable des paysages de Lesbos. Il parlait lui-même à ce sujet de biotope : l’eau, la mer, les algues, les marais salants, les oliviers, les rochers et les habitants de Lesbos sont des éléments récurrents dans sa quête artistique et esthétique. Au sein du « Polykentro », l’espace culturel de Mantamados dont il a largement participé à la création, il disposait de sa propre chambre noire où il développait et réalisait lui-même les tirages de ses photographies. Tout au long de sa carrière, il a exposé à Paris, Thessalonique, Messolonghi et Izmir, tout en collaborant avec d'importantes institutions culturelles. Cependant, la reconnaissance et l'exploitation commerciale de son œuvre n'ont jamais été ni une quête ni une fin en soi. Il préférait offrir ses photographies en cadeau, convaincu que l'art acquiert une plus grande valeur lorsqu'il est partagé.
Toujours en quête des racines du dialecte local et des liens culturels de la mer Égée, il étudia le turc à l'Université d'Izmir. Ce parcours lui permit de tisser des liens étroits avec les habitants de la côte opposée et de développer un profond intérêt pour la culture turque, persuadé du pouvoir de la communication et de la compréhension mutuelle. Parallèlement, il conserva jusqu'à la fin de sa vie un lien fort avec Paris, où vivait une partie de sa famille et où il continuait de puiser son inspiration dans la richesse culturelle de la ville.
Durant ses dernières années, il s'installa à Paris, mais ne cessa jamais de revenir à Mantamados, même pour de courts séjours. Yannis Caranicolas s'est éteint à Paris le 25 juin 2024, après un courageux combat contre le cancer. Ses cendres furent dispersées en mer Égée, qu'il aimait profondément et qui fut, tout au long de sa vie, un point de repère, un lieu de mémoire et de retour aux sources.